
Anesthésia
ANESTHÉSIA enquête dans plusieurs pays où l’aide à mourir a déjà été légalisée ou débattue. À travers des familles, des proches et des élus, le film explore ce que ces choix révèlent de notre manière d’accompagner les plus fragiles.
Synopsis
Et si, au nom de la liberté individuelle, nous étions en train de confondre compassion et abandon ? Alors que la légalisation de l’euthanasie divise la France, ce film mène, pour la première fois, une enquête exceptionnelle sur la fin de vie au cœur de six pays, à travers le récit d’histoires bouleversantes. Aux Pays-Bas, Marga tente de survivre à l’euthanasie de sa fille de 31 ans, alors qu’elle était atteinte d’anorexie sévère. En Belgique, Claire cherche à comprendre pourquoi son père a préféré mourir plutôt que d’affronter, comme elle, la maladie dégénérative dont ils sont atteints tous les deux. Le metteur en scène Franck Berthier revient sur le voyage à Zurich où il a accompagné une amie condamnée par le cancer vers le suicide médical assisté. Au Québec, dans la réserve de Manawan, une grand-mère envisage l’aide à mourir, poussant toute sa famille à se demander : veut-elle vraiment mourir, ou souhaite-elle partir pour ne plus être un fardeau pour eux ? À la Maison Gardanne, des soignants réinventent la fin de vie et redonnent aux patients le goût d’exister jusqu’à leur dernier souffle. Entre douleurs intimes, dilemmes familiaux, révélations et réconciliations saisissantes, Anesthésia bouscule les certitudes et interroge notre regard sur la dignité, la vulnérabilité et le choix de mourir.
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Les protagonistes
Les hommes au cœur du film
Claire Dierckx
Atteinte d'une maladie neurodégénérative
“Mon père a décidé de se faire euthanasier, moi je veux vivre !”
Claire a 33 ans. Depuis l'adolescence, elle vit avec une maladie neurodégénérative rare qui lui fait progressivement perdre son autonomie. Les gestes du quotidien deviennent plus difficiles. Son corps s'affaiblit. Son avenir est déjà écrit. Pourtant, Claire refuse que la maladie décide à sa place du sens de son existence. Son histoire est traversée par une blessure intime : celle du choix de son père, atteint de la même maladie, qui a eu recours à l'euthanasie en Belgique. Elle était présente le jour de sa mort. Aujourd'hui, alors qu'elle partage les mêmes souffrances et les mêmes peurs, Claire fait un autre choix : celui de continuer à vivre. À travers son regard lumineux et sans complaisance, le film pose une question essentielle : la dignité dépend-elle de l'autonomie, ou peut-elle subsister au cœur même de la vulnérabilité ?

Corinne Van Oost
Médecin, elle assume de donner la mort
“La mort est un cadeau, j'ai tué 200 personnes”
Praticienne de l'euthanasie, Corinne Van Oost a consacré sa vie à accompagner les patients au seuil de la mort. Formée aux soins palliatifs, elle a longtemps cherché à soulager sans jamais provoquer la mort. Pourtant, au fil de son expérience, elle en est venue à considérer que certaines souffrances dépassent parfois ce que la médecine peut apaiser. Aujourd'hui, elle pratique l'euthanasie et défend l'idée qu'elle peut constituer un ultime acte de soin. Sa parole surprend par sa franchise. Elle ne contourne jamais la réalité des mots. Son témoignage ouvre une question qui traverse tout le débat : jusqu'où la compassion peut-elle aller ?

Marga Smeenk
Une mère face à la mort de son enfant
“Elle voulait vivre mais n'avait plus la force de supporter la souffrance”
Mère d'Anke, euthanasiée à l'âge de 31 ans. Pendant près de vingt ans, Marga a accompagné sa fille Anke dans son combat contre l'anorexie, la dépression et une souffrance psychique devenue insupportable. Hospitalisations, thérapies, espoirs, rechutes. Comme tant de parents, elle n'a jamais cessé de croire qu'aller mieux était encore possible. Puis un jour, sa fille a demandé l'euthanasie. Aux Pays-Bas, la loi le permet. Déchirée entre son désir de la retenir et son incapacité à la voir souffrir davantage, Marga a choisi de l'accompagner jusqu'au bout. Aujourd'hui, elle tente de vivre avec cette absence et avec une question qui ne la quitte jamais vraiment : sa fille voulait-elle mourir, ou voulait-elle seulement que sa souffrance cesse ? À travers son témoignage d'une rare humanité, le film explore les frontières parfois vertigineuses entre compassion, impuissance et amour.

FRANCK BERTHIER
Metteur en scène de la pièce Voyage à Zurich
Franck Berthier n'avait jamais imaginé qu'un voyage puisse laisser une telle empreinte. Depuis près de vingt ans, il porte en lui le souvenir de ces quelques jours passés à Zurich aux côtés de son amie Maya Simon, atteinte d'un cancer incurable, venue en Suisse pour recourir au suicide médical assisté. Comme les comédiennes Liliane Rovère et Many Barthod, également amies intimes de Maya, Franck a respecté sa décision. Ils l'ont accompagnée jusqu'au bout, convaincus que c'était peut-être la juste chose à faire. Mais une fois le voyage terminé, une autre histoire a commencé : celle du retour, du silence, des questions sans réponse et du bouleversement laissé par cette expérience. À travers son témoignage, le film donne une place à ceux dont on parle rarement : les proches qui restent. Ceux qui respectent un choix sans toujours parvenir à en apaiser les conséquences. Ceux qui continuent à aimer après le départ. Le droit de choisir suffit-il à apaiser ceux qui continuent à vivre avec ce choix ?

LUCIE QUITICH
Grand mère de la communeauté des Atikamekw , souhaite demander l'aide médical à mourir
Au sein du peuple Atikamekw, Lucie Quitich, l’aînée de la réserve de Manawan, annonce une nouvelle inattendue à sa famille : elle souhaite se faire euthanasier. L’incompréhension est totale. La famille de Lucie, entourée par la communauté, se réunit pour tenter de comprendre cette volonté soudaine de se donner la mort. Ils réalisent qu’ils ne l'ont peut être pas assez accompagnée. L’histoire de cette grand-mère autochtone illustre la problématique de nombreuses personnes dans le monde : la peur d’être un poids pour ses proches, de perdre sa "dignité" parce qu’on est vieillissant ou parce qu'on est malade. Si la société est défaillante pour protéger les plus vulnérables, la famille et l’entourage doivent aussi se remettre en question comme cette communauté : avons-nous fait de notre mieux pour aider, pour accompagner la personne qu'on aime et qui souffre ?

JEAN-MARC LA PIANA
Médecin et co-directeur de la Maison Gardanne
“Les bien-portants imaginent souvent ce qu'ils feraient s'ils étaient malades.”
Dans nos sociétés, la dépendance est souvent vécue comme un échec. La perte d'autonomie comme une défaite. Comme si la dignité d'une personne diminuait à mesure que ses fragilités apparaissent. Jean-Marc La Piana défend une vision radicalement différente. À la Maison Gardanne, lieu pionnier des soins palliatifs en France, il accompagne depuis des années des personnes atteintes de maladies graves ou incurables. Au contact de ces patients, il a acquis une conviction profonde : la vulnérabilité n'enlève rien à la valeur d'une vie. Elle révèle au contraire notre besoin fondamental des autres. Pour lui, le véritable défi n'est pas de supprimer toute dépendance, mais d'apprendre à l'accueillir. D'accepter que certains moments de l'existence exigent d'être accompagnés par d'autres. Dans cette maison où les patients continuent de cuisiner, de danser, la fin de vie est une étape qui demeure pleinement humaine. À travers son regard, le film interroge l'une des grandes peurs de notre époque : avons-nous tellement valorisé l'autonomie que nous ne savons plus accueillir la dépendance ?

Dominique Reynié
Politologue, directeur général de la Fondation pour l'innovation politique
Les lois ne transforment pas seulement ce qu'il est permis de faire. Elles modèlent aussi, peu à peu, la manière dont une société se représente le bien, la liberté, la dépendance ou la solidarité. Depuis de nombreuses années, Dominique Reynié observe les mutations culturelles qui traversent les démocraties occidentales. À ses yeux, le débat sur la fin de vie dépasse largement la seule question médicale ou juridique. Il révèle quelque chose de plus profond : notre rapport à la vulnérabilité, à l'autonomie et à la place que nous accordons aux personnes fragiles dans nos sociétés.
Fiche technique
- Titre
- Anesthésia
- Année
- 2026
- Durée
- 1h40
- Réalisation
- Damien Boyer
- Production
- Orawa Films
- Distribution
- Orawa Films